Métis, Disiz-Serigne affirme avoir passé son enfance à se chercher. La télé en panne, l'ado se met à lire avec frénésie dans le RER qui le mène vers une école de dessin publicitaire. Sa première lecture est la Vie devant soi de Romain Gary. Trois mois avant le diplôme, il quitte son école pour se consacrer au rap. Il devient Disiz La Peste, soit l'association de son tag et le surnom que lui donne son DJ à cause de son humour caustique. Avec le recul il avoue avoir été un peu présomptueux : «Je me disais que j'étais assez intelligent pour m'en sortir et ne pas finir au McDo. C'est notre trouille à tous. La plupart de nos parents sont ouvriers, et t'as pas envie de faire comme eux, travailler comme un chien pour 5 000 francs par mois.»
Il y sera pourtant, caissier pendant un an et demi, après avoir rangé des couches pour bébés dans un supermarché et été chômeur deux jours : «Je l'ai trop mal vécu, prétend-il. Ma mère rentrait du travail et j'étais devant la télé en pyjama.» McDo lui aura au moins permis d'écrire un des couplets les plus drôles du rap français. Dans J'pète les plombs, il imite une caissière qui ne veut pas lui vendre un McMorning. Avec ses premiers cachets du rap, il achète son premier billet d'avion pour le Sénégal, le pays de son père : «Grâce à mes tantes qui habitent les quatre coins de l'Hexagone, explique-t-il, je connais très bien ma partie française. Le Sénégal, je ne connaissais pas, ma mère avait refusé de m'y envoyer avant ma majorité, de crainte que mon père m'y retienne.»
A son retour, il se rapproche définitivement de l'islam : «J'avais lu le Coran à 13 ans ainsi que la Bible mais ça me paraissait abstrait, compliqué. Moi, je n'ai pas connu la religion par le dogme. Petit, comme j'étais tout seul à la maison, il fallait quelque chose pour me rassurer, j'aimais tout ce qui était chevaleresque alors, Dieu, le Bien...»
Sa mère vit très mal son rattachement à l'islam: «Son père est musulman et, intuitivement, ça me faisait peur. Même si je suis catholique de tradition, je considère les religions comme une aliénation. Je me suis opposée à lui donner une éducation religieuse stricte... J'ai eu l'impression qu'il remettait en cause ce que je lui avais transmis, comme s'il lui manquait quelque chose.» Dans le rap, beaucoup se sont convertis : l'Antillais Kery James, la Franco-Chypriote Diams, le Français d'origine italienne Akhenaton.
Disiz, c'est l'islam à la sénégalaise qui l'aurait convaincu : «C'est une vision humaine des choses. On t'enseigne la sacralisation des oeuvres quotidiennes. Quand tu es sur une route au Sénégal et qu'il y a une pierre, tu t'arrêtes pour la poser sur le bas-côté, ça a une valeur inestimable, presque plus que de prier et de s'agenouiller. L'islam dont on parlait ici, on aurait dit un jeu vidéo : "Si tu fais une bonne action, c'est comme si tu faisais 50 prières, donc tu pourras aller au paradis." Leurs prières, c'est un compte en banque pour le paradis.»
Son beau-père, Samba Faré, 63 ans, ancien inspecteur de l'éducation au Sénégal, n'est pas surpris. Résident à Evry depuis 1995, il croise bon nombre de jeunes Français métis pris soudain de mysticisme : «Finalement, analyse le retraité, nous ne leur avons transmis que des valeurs matérielles : gagner de l'argent, avoir un bon boulot, une belle maison. Mais nous ne leur avons pas donné, ni à l'école ni dans leurs familles, d'objectif d'homme comme construire une société.»
Pour lui, Disiz-Serigne est emblématique de la génération à venir, à construire. Sur la question du voile à l'école, par exemple il est encore partagé : «Je comprends que ça choque dans un pays laïque, mais refuser l'éducation à une adolescente à cause de son voile, ça me dérange.» En ce qui concerne sa femme, il est catégorique : «Je ne supporterai pas qu'elle en porte un, c'est peut-être ce que j'ai gardé de mon éducation française. Ma femme est un trésor. La préserver, ce n'est pas la cacher.» L'avenir est au métissage, disait Senghor.
Il devient Membre du groupe de rap Rimeurs à Gages, Disiz la Peste, entame une carrière solo en 1999 avec un single intitulé C'que les gens veulent entendre. Le succès est au rendez-vous et le propulse dans le collectif One Shot qui signe la BO de Taxi 2 (2000). Valeur montante du rap français, il enchaîne trois albums : Le Poisson rouge (2000) dont est issu le tube J'pète les plombs, Jeux de société (2003). En 2004, c'est sous son véritable nom, Sérigne M'Baye, qu'il sort Itinéraire d'un enfant bronzé, synthèse de deux cassettes sorties au Sénégal où Disiz connaît le succés, assorties de quelques inédits. En octobre 2005, Disiz sort son 3e véritable album studio, « Les Histoires Extraordinaires D'Un Jeune De Banlieue ».
Parallèlement à la musique, Disiz s'essaie au métier d'acteur ; il fait ses premiers pas de comédien dans La Chepor, court métrage de David Tessier, puis décroche le premier rôle de Dans tes rêves (2005), l'histoire d'un jeune rappeur qui tente de percer dans le milieu de la musique. Pour ce film de Denis Thybauld, réalisateur de clip, Disiz la Peste s est investi corps et âmes. Pendant le tournage, il a ainsi quitté femme et enfants pour se mettre en situation de manque affectif et entrer dans son personnage, et a suivi un entraînement physique sévère...




